Quand ils s'avancent accablés pour m'annoncer sa fin, pour me dire qu'il est au bord du précipice, qu'il n'y a plus d'espoir, qu'il n'est question que de quelques mois... je m'acharne à leur répondre : non.
Je leur souffle : c'est un secret mais il existe deux Libans…
Et je leur raconte l'Histoire à ma manière.
Le premier Liban certes, agonise sous le poids d'une hémorragie chronique de son potentiel, de son peuple, de son capital…
Mais la magie transperce au revers de la médaille.
Le second, lui, transpire aux cadences nocturnes des opening, des feux d'artifices, des talons aiguilles... Ce Liban, le notre, crache sauvagement sur un realpolitik sordide et se déhanche culotté autour d'un arsenal belliqueux qui cherche à l'abattre.
Je leur raconte que mon petit pays, mon unique dette et mon inestimable fierté, ne cesse de m'émouvoir. Je leur demande de fermer les yeux et je les transporte vers un soir d'été…
On se rend à l'opening d'une boite : le skybar.
Je leur décris un setting spectaculaire qui leur fait perdre haleine: perchés au dessus d'une mer cristalline, entourés de relief qui luisent au clair de lune, assis parmi des palmiers et des rosiers autour d'un bar périphérique, un système sonore des plus sophistiqués projette le dernier air électronique et annonce au monde entier que le coeur du pays bat encore et de plus fort.
Ils rongent leurs tempes pour essayer de comprendre.
Inutile. Ils n'y arriveront jamais. C’est le mystère du Phénix qui renaît de ses cendres.
Malgré les avertissements périlleux, les attentats de jour et les explosions de nuits, les six barrages qu'il faut frayer pour arriver à sa destination, les Libanais s'entêtent à vouloir vivre ordinairement. Ils le font à l'unisson au point de s'entasser à coup de milliers dans un même endroit pour revoir les mêmes couples et les mêmes fausses poitrines, appartenir à la même guestlist et contribuer aux mêmes potins...
Ce délire que d'autres condamnent est tellement vital à la continuité du pays...
Cette superficialité salvatrice les intrigue. Nulle part ailleurs, l'orgueil d'un homme dicterait la garantie de sa réservation avant même d'assurer la sécurité de sa propre vie.
Voilà la singularité oblique du secret de sa survie.
Oui… Il existe un contrat tacite entre Libanais dont on est fier. Il est simplement question d'assurer une permanence spatiotemporelle pour marquer notre territoire. Tant qu'un volume ferme de citoyens participe à cette rotation d'âmes qui s'échappent sur les planchés des boites de nuits, l'agonie politique épargnerait une agonie sociale qui cherche à tout prix un remède à sa fatalité....
Ils me rétorquent que je manque de cohérence.
Je leur dit qu'il ne faut surtout pas rationaliser juste croire à l'euphorie...
Le Liban est une perle rare, il faut patienter pour trouver celle qui brille...
March 18, 2008
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2 comments:
C'est le Liban des oxymores...
J'ai adore ce passage!
ca c'est un de mes preferes...
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